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par Elisabeth Couturier

Les sculptures architecturales créées par François Machado conjuguent le trio forme, volume et masse, pour bousculer nos certitudes. Elles flirtent, parfois, avec la science-fiction et les récits épiques, et dégagent une étrange poésie. En fait, Machado se focalise sur les pleins et les vides qui dessinent notre environnement. Ceux à travers lesquels on circule, sans y penser, sans même les voir. Ou ceux, encore, qui occupent une place à part dans notre imaginaire.

Ainsi a-t-il pour projet, entre autres, de représenter, à échelle 2/3 de millionième, suspendue au-dessus de nos têtes, la Méditerranée, ou plus exactement la surface de contact entre la masse d’eau de cette mer et la croûte terrestre. Une idée proprement renversante. Alors, les terres non immergées disparaissent et l’eau, devenue solide, se présente comme une entité physique chargée de mémoire : « On parle, dit-il, de la Méditerranée, on la connaît, mais sait-on à quoi elle ressemble ? Saurions-nous identifier sa forme lorsqu’elle est isolée ? »

Dans le même esprit d’investigation, il a réalisé un ensemble de maquettes 3D sous le titre : Ce qui perdure et ce qui change. À partir d’une même base, il interroge la façon dont se qualifie l’espace à vivre ou à travailler. Il montre comment, selon les époques, plafonds ou fenêtres focalisent ou non toute l’attention, devenant, de fait, des éléments changeants, voire périssables.

Pour Montrouge, il a choisi de matérialiser des lieux mythiques de Paris. Mais il adopte un point de vue qui les rend méconnaissables. Il présente ainsi, sous forme de blocs pleins, le vide de la place Dauphine, le vide de la place des Vosges et le vide de l’esplanade Georges Pompidou. Une redécouverte !

Architecte diplômé, François Machado a exercé son métier quelques années, mais il a décidé, il y a deux ans, d’arrêter de construire. Son désir ? Entamer un travail de réflexion sur l’art de l’architecture : « Il y a tant à apprendre dans ce domaine, tant à tester, qu’on ne peut espérer de meilleure voie de progrès en architecture qu’en questionnant le coeur même de la discipline. » Dès lors, il a choisi son camp et cite volontiers Adolf Loos qui voyait les choses ainsi : «… Nous détestons celui qui nous arrache à notre commodité et vient troubler notre bien-être. C’est pourquoi nous aimons la maison et détestons l’art. Mais alors la maison ne serait pas une oeuvre d’art ? L’architecture ne serait pas un art ? Oui, c’est ainsi. (…) Tout ce qui est utile, tout ce qui répond à un besoin, doit être retranché de l’art. »

Tels Tony Garnier, Yona Friedman, Theo Van Doesburg ou Superstudio, Machado s’emploie à faire parler l’architecture et ses propriétés pour leurs capacités à réfléchir notre rapport au monde. En réalisant des oeuvres en volume pour être vues de dessus ou de dessous ou sous d’autres angles inattendus, il réveille notre vision paresseuse. Sa démarche ? Exprimer et expérimenter le langage architectural avec l’envie de nous surprendre. Pari tenu.

Extrait du catalogue du 58ème Salon de Montrouge - 2013
Extrait catalogue - pdf